Rendez-vous en territoire occupé

Dans un spectacle du chorégraphe israélien Ohad Narin, les danseurs dessinaient sur une toile géante le mot PASTELINA, cet anagramme d’un nom que l’on n'a pas le droit d’écrire, qui lui-même évoque ce gécinode que l’on n'a pas le droit de nommer sous peine d’être taxé d’animisétise. Comment trouver les mots justes pour dénoncer et pour résister ?

mazette !
5 min ⋅ 13/05/2026

FILM — COLLAPSE /// Filmer l’indicible. Voici le pari de la réalisatrice israélienne Anat Even. Comment rendre compte de l’horreur du 7 octobre et de la furie vengeresse sans tomber dans l’horreur, le voyeurisme et le pathos ? Le problème est vite réglé : dès octobre 2023, plus aucun civil ne peut rentrer à Gaza… ou en sortir vivant. La réalisatrice filme dans de longs plans séquences les lieux privés de vies : un kibboutz à moitié brûlé, des silhouettes de villes rasées derrière les barbelés, des routes défoncées ou envahies de voitures militaires, des champs remplis de bulldozers et de blocs de béton. Au loin, le bruit continu des bombes, la fumée, le cri des oiseaux désorientés. Autour de cette zone d’extermination qu’est devenue la bande de Gaza, la raison et l’humanisme semblent avoir déserté. Des fanatiques entendent recoloniser et judaïser Gaza et viennent par bus voir de loin leur far-west sur des promontoires artificiels. Une poignée d’israéliens tentent de faire entendre leur voix face à un gouvernement et des religieux orthodoxes qui écument de rage. « Les juifs commettent des pogroms ! » répète un militant entre exaspération et désespoir lors d’une manifestation. Ces voix, si elle ne sont pas encore audibles sur place méritent qu’on leur donne le plus grand écho partout où il est possible. M.M.

🗓️  Actuellement en salles 
📍 Le Royal — Toulon
📍 Le Grand Bleu — Le Lavandou
📍 La Baleine — Marseille

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SEULE EN SCÈNE — GAZA, Ô MA JOIE /// Poète et nouvelliste palestinienne, productrice radio, Hend Jouda est née en 1983 et vivait au camp de réfugiés al-Bureij à Gaza avant de devoir s’exiler en Égypte. Ses poèmes, écrits depuis le 7 octobre 2023, traduisent une désolation à la fois extérieure et intérieure. Gaza, son amour, est dévastée. Ses jambes et celles des femmes de Gaza sont visées, les modernes Cendrillon de Gaza laissent derrière elles des traces de leur ADN sur des chaussettes souillées de sang. Pourtant, du fond même du cratère du désespoir, la poétesse Hend Jouda trouve la force, de déclarer : « Je soufflerai sur les plaies de Gaza / Je chanterai… » Si elle n’a sans doute pas de réponse claire à la question de son poème emblématique, « Que signifie être poète en temps de guerre ? », depuis plusieurs conflits à Gaza elle incarne en acte la réponse à la question par la force de son écriture poétique et par un engagement culturel intense dans la vie culturelle de son peuple. Une impressionnante force de vie innerve ses textes et impose le respect. La voix de la Palestine ne s’éteindra pas et, à nous spectateurs de continuer à la faire vibrer et à la relayer.  M.M.

📍 Le Liberté, scène nationale — Toulon
🗓️ Lun. 18 et mar. 19 mai 2026 à 19h30
👛 Tarifs de 5 à 30€

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LECTURES — LES VOIX D’ORIENT /// On ne sait toujours pas si l’art sauvera le monde, mais en tout cas, il nous sauve du monde ! Dans le cadre du festival de poésie les Eauditives, Le Télégraphe accueille des poètes venus des rives de la Méditerranée : Liban, Grèce, Palestine, Syrie, Turquie… Cinq voix en français et en V.O.  Ritta Baddoura (Liban) est une poète libanaise qui écrit dans la langue de Molière. Ses poésies questionnent l’identité et l’exil entre deux langues, entre dedans et dehors, entre violence et apaisement. Marianne Catzaras est née en Tunisie de parents grecs. Après des études de littérature à la Sorbonne à Paris, elle se consacre à la photographie de portraits, de minorités, de paysages surréels. L'exil et la Méditerranée demeurent au cœur de son travail de photographe et de poète. Yousef El-Qedra (Palestine), poète né à Khan Yunis, à Gaza, titulaire d’une maîtrise en études littéraires de l’Institut de recherche et d’études arabes du Caire (2015), a publié plusieurs recueils de poésie. Ses œuvres ont été traduites en anglais, en français, en espagnol, en italien et en persan. Il a participé à de nombreux événements littéraires internationaux. Chercheur en littérature, il a été évacué de Gaza en France par le Quai d’Orsay le 25 avril 2024. Aujourd’hui réfugié à Marseille, il étudie et travaille au sein de L'Institut de Recherches et d'Études sur les mondes arabes et musulmans. Maïss Alrim Karfoul (Syrie), Docteure en droit public, son parcours poétique s’est amorcé en 2016 lors d’ateliers d’écriture avec le poète Serge Pey à la Cave Poésie de Toulouse et a écrit depuis de nombreux recueils de poésie. Gonca Özmen (Turquie), professeure d'anglais et traductrice, est reconnue en Turquie pour sa poésie lyrique, humoristique, politique, ludique et subversive. Son œuvre puise ses racines dans la tradition orale de son pays et s'y inscrit tout en la réactivant par une ironie parfois grinçante. 

Festival Les Eauditives
📍 Le Télégraphe — Toulon
🗓️ Jeu. 28 mai 2026 à 19h
👛 5€

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FESTIVAL — CINÉ-PALESTINE MARSEILLE - 5e ÉDITION  ///  Créé par un collectif de cinéphiles militants, le Festival Ciné-Palestine (FCP) a toujours à coeur dans cette nouvelle édition d’explorer la solidarité des luttes à travers des films qui soulignent l’indivisibilité des combats anticoloniaux, antiracistes et anticapitalistes. Le cinéma comme outil d’action et passeurs d’idées, mais surtout une alternative aux récits calibrés d’un peuple nié dans tous ses droits les plus élémentaires. Parmi la sélection, deux documentaires rares : Compter sur ses propres forces de Yannis Tritsibidas dresse un panorama des luttes des travailleurs immigrés en France, notamment arabes, et des mobilisations de l’extrême gauche en 1972 entre occupations de maisons vides, luttes contre le racisme dans la vie quotidienne et dans l’usine, mobilisations massives pour la vérité et la justice suite aux assassinats de Djellali Ben Ali, Gacem Ali et Pierre Overney. Palestine Vaincra est considéré comme le premier documentaire français réalisé en soutien au mouvement de libération palestinien. Tourné en 1969 par Jean-Pierre Olivier de Sardan dans une résidence universitaire, le film mêle des témoignages historiques de Palestiniens, des photographies, des images d’archives, des cartes et de la musique. Le documentaire se concentre sur la bataille de Karameh de 1968, tout en retraçant l’histoire complexe des cinq dernières décennies de résistance palestinienne. Diverses copies en 16 mm ont circulé en France avant de disparaître des radars. Par un heureux hasard, plus de 50 ans après sa sortie initiale, Palestine Vaincra a été redécouvert par l’archiviste audiovisuel Draye Wilson aux Third World Newsreel Archives. M.M.

📍 Videodrome 2 — Marseille
🗓️ Ven. 29 mai 2026
19h : Palestine vaincra de Jean-Pierre Olivier de Sardan | 1969 | France | 28 min
Compter sur ses propres forces de Yannis Tritsibidas | 1972 | France | 52 min
21h30 : La Révolution, pour qui ? (Lian al-Thaura) de Samir Nimr | 1974 | Irak | 24 min
Les Vents de la libération (Riyh al-tahrir) de Samir Nimr | 1974 | Palestine | 31 min
23h : One Day I Will Hug You de Mohammed Fares Al Majdalawi | 2025 | 17 min
Children of the Revolution de Shane O'Sullivan | 2010 | 1h28
👛 Prix libre

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DANSE  /// Danser avec l’énergie du désespoir, comme une pulsion vitale, pour communier ensemble… Danser pour célébrer la vie et la joie d’être ensemble tout simplement. À défaut de pouvoir danser le dabkeh du Liban jusqu’à Gaza en passant par la Cisjordanie, 3 beaux spectacles sont prévus en ce joli mois de muguet. Le 19 mai, Hervé offre à Châteauvallon un concert dansé électrifiant avec le collectif de danseurs Mazelfreten, à qui l’on doit un beau tableau de discothèque lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris. Public et danseurs sont mélangés autour d’Hervé et ses machines. On espère qu’il y aura une bonne ventilation, car ça va chauffer sous les marcels. De mai à septembre 2026, le Théâtre Joliette invite Taoufiq Izeddiou, à transposer à Marseille, la 20e édition du Festival créé par le chorégraphe marocain à Marrakech. Ce qu’il aime par-dessus tout : c’est faire danser des amateurs, les mêler à des professionnels, les embarquer on-ne-sait-où. Danser ma ville, c’est visibiliser tous les âges, tous les corps, rire et vibrer. Première session le 16 mai. Le 30 mai enfin, Andrés Garcia Martinez, ancien grand (dans tous les sens du terme !) danseur du Ballet national de Marseille s’emploie aussi à établir la ville comme sujet de scène : Saragossa recrée une ville entre le réel et l’irréel, une commémoration partagée de la ville espagnole Saragosse, faite de réminiscences, de sons, de témoignages avec le corps. L’exploration de ces éléments vise à relier âme et corps, tradition et modernité, célébration et pénitence, révolution et fraternité… M.M. 

Danser ma ville — Taoufiq Izeddiou  
📍 Théâtre Joliette hors les murs — Bassin du J4, esplanade Gisèle Halimi
🗓️  Sam. 16 mai 2026 à 19h

👛 Gratuit

Hervé X Mazelfreten
📍 Châteauvallon — Ollioules / Tandem
🗓️  Mar. 19 mai à 20h
👛 De 5 à 35€

Saragossa — Le Tokonoma & Andrés Garcia Martinez
📍 Théâtre des Calanques — Marseille 
🗓️ Sam. 30 mai à 20h30
👛 Prix libre

mazette ! c'est déjà fini.
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Icônes : Flaticon
Visuels par ordre de défilement : COLLAPSE — JHR FILMS DR / GAZA Ô MA JOIE Photo © Julie Cherki / VOIX D’ORIENT Youssef Elqadra © Photo Claire Gaby pour Mediapart / CINÉ PALESTINE Palestine vaincra DR/ HERVÉ X MAZELFRETEN - Photo © Geoffrey Posada Serguier

mazette !

Par matthieu mas & cie

Après avoir œuvré comme enseignant, vendeur de sex-toys et traducteur, je travaille depuis près de 20 ans dans le domaine de la communication culturelle. Normand né à Marseille et finalement débarqué à Toulon en 2017, j’ai le cœur Méditerranée et comme un besoin irrépressible de partager l’actualité culturelle qui suscite ma curiosité, réveille mes passions et qui, je crois, mérite le détour. D’où l’idée d’une gazette, c’est à dire un “ écrit périodique donnant des nouvelles politiques, littéraires, artistiques”. MAS + GAZETTE = MAZETTE ! Mais comme j’aime la solitude partagée, mazette ! fait appel à des complices éclairés pour enrichir la liste des envies !

LES COMPLICES

M.T. Outre sa passion pour les drones, M.T., avec un T comme « torpédo au fond des eaux », aime donner son avis, sans se la ramener. Journaliste de presse écrite, M.T. a depuis longtemps quitté les salles de rédac pour les sphères, pas très « hot » mais néanmoins haletantes, de la communication, sur un territoire qui foisonne. Alors, quand sur le chemin de son quotidien, elle rencontre mazette !, sa plume frétille et son encre coule. Quelques recos bien trempées par-ci par-là, histoire de donner du relief à tout ça.

A.L. Journaliste le jour, fêtarde la nuit ou l’inverse, pour qui Provence et Côte d’Azur riment aussi avec culture. A.L. est une insatiable curieuse et son expérience des soirées endiablées, d’échappées culturelles ou plutôt natures, gourmandes ou sportives en font notre complice des bons plans du coin. Son atout : écumer chaque recoin pour rencontrer des talents, dénicher de nouveaux lieux, voir, lire, apprendre pour transmettre ses découvertes, encore et toujours.



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